Encore un caricaturiste de moins !
L’histoire bégaye, et cette fois, c’est en Pologne que la liberté de caricaturer est devenu sanglante. Simon Skrepetski, 45 ans, est tombé lundi 15 juin 2026 sous cinq balles en pleine rue. Caricaturiste russe en exil, il avait fait, comme tant d’autres, de son crayon, une arme contre toutes les tyrannies, moquant avec courage Vladimir Poutine, Ramzan Kadyrov, Joseph Staline et bine d’autres. Sa liberté de pensée, totale et intransigeante, l’avait même conduit à critiquer le gouvernement ukrainien et l’opposant Alexei Navalny, prouvant que son humour ratissait large.

Ce meurtre est un écho sinistre, à celui de janvier 2015 à Paris, où Cabu, Wolinski, Charb et Tignous et tant d’autres étaient tombés sous les balles de terroristes islamistes pour avoir osé dessiner Mahomet dans les colonnes de Charlie Hebdo. Hier comme aujourd’hui, la cible est la même : la liberté d’expression. Hier comme aujourd’hui, la méthode est identique : supprimer l’auteur pour taire le trait.

La différence réside peut-être dans le commanditaire du crime. Si les assassins de Charlie Hebdo étaient guidé par une figure invisible d’une idéologie religieuse radicale, le meurtre de Skrepetski porte la marque sombre des services spéciaux au main d’un homme bien réel et qui se voudrait omnipotent. Les autorités polonaises pointent fortement la responsabilité de la Russie, ayant interpellé un suspect détenteur d’un passeport géorgien lié au crime organisé. Deux ressortissants biélorusses, un temps suspectés, ont été relâchés, laissant planer l’ombre d’une opération commanditée par un État pour éliminer une voix discordante.

Le message adressé aux autres dessinateurs est clair et glaçant : aucune frontière n’est sûre, aucun exil n’est absolu. Que ce soit au nom de Dieu ou au nom du Tsar, le pouvoir ne supporte pas le rire qui le dénonce. Simon Skrepetski, qui avait le courrage de ne pas travaillé caché, a ainsi rejoint la longue et tragique liste de ceux qui sont morts pour de simples carricatures. Un dessinateur en moins, mais une liberté qui, tant qu’il restera une main pour tenir un crayon, on l’espère toujours, refusera de mourir.
Gwenael JACQUET


