Seccotine sort de l’ombre en devenant l’héroïne de sa propre aventure.

Soixante-treize ans après sa première apparition dans le journal Spirou, Seccotine, l’intrépide journaliste, décroche enfin son propre album. Le personnage créé par André Franquin en 1953 n’est plus uniquement le grain de sable au milieu d’une série composée exclusivement de héros masculins. Avec Mystère à Champignac, Seccotine reprend la place qu’elle avait eue du temps du Nid du Marsupilami : reporter passionnée et pugnace pour le moustique.
Longtemps cantonnée à des rôles de seconde zone où elle servait de catalyseur à l’intrigue ou de rivale occasionnelle pour Spirou, Seccotine a pourtant toujours suscité l’attachement des lecteurs par son caractère affirmé, son indépendance et son flair souvent infaillible. Franquin l’avait créée comme une femme forte et indépendante, une féministe sachant s’affirmer et se placer là où il faut pour voler la vedette, si nécessaire, a ses comparses masculins. Ce nouvel opus vient combler un vide narratif majeur et replonge les lecteurs dans l’atmosphère classique de la série tout en modernisant le regard porté sur ce personnage emblématique.

Une histoire rondement menée.
Seccotine, voulant prendre une pause bien méritée, se rend dans le village fétiche des lecteurs de Spirou : Champignac-en-Cambrousse. Mais point de vacance en vue, dès son arrivée elle est confrontée à de mystérieuses disparitions accompagnées de bagarres entre écolos et les membres du Groupement pour la sécurité de Champignac, composés principalement de chasseurs. En mêlant les éléments de mystère et d’humour qui ont fait le succès de la grande époque de la série, l’album offre une sorte de retour aux sources plutôt agréable.

Un vent de fraîcheur dans le journal de Spirou.

L’écriture de cette série est due à Sophie Guerrive, qui a déjà scénarisé les aventures de Spirou et Fantasio avec Benjamin Abitan : La mort de Spirou puis La mémoire du futur, dessinés par Olivier Schwartz. Elle connaît donc bien l’univers de la série et en propose une vision fraîche tout en respectant l’héritage de Franquin dans ce spin-off. Le dessin, dans le pur esprit de la série originale, est dû à Elric qui a déjà œuvré sur La Baie des cochons. Le duo avait déjà animé le personnage de Seccotine dans un récit court paru dans le journal Spirou n°4564 du 1er octobre 2025. On y découvrait les débuts de la jeune journaliste dans une histoire amusante intitulée : On a volé le Manneken pis !
Cette sortie intervient dans un contexte éditorial où la réhabilitation des personnages féminins classiques de la bande dessinée franco-belge est devenue un sujet de société. Après des années où Seccotine apparaissait principalement dans des histoires collectives, cet album solo consacre son statut d’héroïne à part entière. Statut que Franquin avait déjà plus qu’esquissé dans l’album Le Nid du Marsupilami où elle volait la vedette à Spirou et Fantasio qui n’était plus que des faires valoir dans leur propre série. Ce récit étant un des plus gros succès de la série durant la période Franquin. Si le Marsuspilami a bien eu rapidement ses propres albums, voilà qui est donc réparé pour Seccotine. Malgré son âge vénérable, le personnage n’a rien perdu de sa pugnacité et s’offre une seconde jeunesse sur la scène BD. Il n’est jamais trop tard pour que la journaliste d’investigation écrive sa propre histoire, sans attendre que Spirou ou Fantasio viennent la sauver, à moins que ce ne soit l’inverse.

Gwenaël JACQUET

Mystère à Champignac (Tome 1) par Guerrive et Elric
Parution : 22 mai 2026
56 pages couleur
Dimensions : 298mm (H) / 226mm (L)
ISBN : 9782808506830





